15 𝙟𝙖𝙣𝙫𝙞𝙚𝙧 2020 : Bonjour, je travaille pour l’émission 𝗢𝗻 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗶𝗴𝗲𝗼𝗻𝘀. Dans le cadre de notre programme, nous aurions aimé vous inviter à venir nous présenter vos kits d’élevage de ténébrions (vers de farine) à la Rtbf. L’enregistrement aurait lieu le jeudi 23 janvier dans l’après-midi. Pensez-vous que c’est envisageable?

Dans un premier temps, je crois à une blague 😄. Pour me rassurer, je réponds au message et je vérifie l’adresse email de la réponse. Cela provient bien de la Rtbf. Ah oui, quand même !

Je me remémore les émissions et j’ai l’image de personnes qui sont assaillies de questions. Bein, oui, c’est le but de l’émission non ? Alors, qu’est-ce que je fais ? Je dis oui ou je me débine ? Allez, je me mets au défi et je me lance …

Que vont-ils me demander ? De parler d’alimentation j’imagine. Alors, je relis toutes les études nutritionnelles sur les insectes. Que dire ? Il y a tellement de choses. Bon, je pourrais commencer par les protéines puisqu’on en parle habituellement. C’est quoi encore les protéines ? Ah oui, elles permettent de fabriquer les muscles, les os, les cheveux, les ongles, la peau… tous les organes mais aussi les hormones, les enzymes et les anticorps.

Les protéines et les micronutriments des insectes

𝗟𝗲𝘀 𝗶𝗻𝘀𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗿𝗲𝗻𝗳𝗲𝗿𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗮𝘂 𝗺𝗼𝗶𝗻𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗮𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝗽𝗿𝗼𝘁𝗲́𝗶𝗻𝗲𝘀 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝘀 𝘃𝗶𝗮𝗻𝗱𝗲𝘀. Comme il s’agit de protéines animales, les insectes contiennent tous les acides aminés essentiels. Quesaco ? 😃 En comparaison des protéines animales, les protéines végétales, comme le soja par exemple, possèdent des taux plus faibles d’acides aminés essentiels ou n’en contiennent pas certains. Le terme essentiel fait référence à leur caractère indispensable à notre corps car il ne peut les produire lui-même. Donc pour les insectes, pas de souci à se faire avec les insectes, ils y sont tous.
Et puis, il y a plein de 𝗺𝗶𝗰𝗿𝗼𝗻𝘂𝘁𝗿𝗶𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 : vitamines (A, B1, B2, E, K), calcium, phosphore, magnésium, zinc, fer, omégas 3, 6 et même 9 dans ceux que j’élève. Quand j’ai reçu du labo le rapport d’analyse de mes vers de farine, j’étais étonné de lire 𝗼𝗺𝗲́𝗴𝗮 𝟵. Mes ténébrions possèdent des omégas 9 réputés pour lutter contre le cholestérol et l’hypertension ? Bein, ce n’est pas plus mal en fait 😂

Les insectes pour nourrir nos animaux domestiques

Je pourrais aussi parler de la décision de l’Union Européenne d’𝗮𝘂𝘁𝗼𝗿𝗶𝘀𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗼𝘁𝗲́𝗶𝗻𝗲𝘀 𝗱’𝗶𝗻𝘀𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝗹𝗶𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗶𝗲𝗻𝘀 𝗲𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗮𝘁𝘀 🐕🐈. Oui, je pense que cela intéresse tout le monde de savoir que leur petite boule de poils va manger bientôt des insectes. Mais pourquoi donc l’Europe a-t-elle décidé cela ? Tout simplement parce que nos animaux domestiques consomment plus de 20% de la viande et du poisson produits dans le monde. Oufti ! Tout ça ! Bein oui, il faut dire qu’il y en a des chiens et des chats sur terre. Cela me rappelle les pubs de Sheba au poulet 🐓 et de Pédigrée Pal à la viande. C’est donc bien vrai qu’il y a de la viande et du poisson dans les boulettes, les pâtées et les croquettes !

Je suis retombé sur une étude qui disait qu’en moyenne, 𝘂𝗻 𝗰𝗵𝗶𝗲𝗻 𝗰𝗼𝗻𝘀𝗼𝗺𝗺𝗲 𝟱𝟬 𝗸𝗴𝘀 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝗮𝗻𝗱𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘀𝗲𝘀 𝗰𝗿𝗼𝗾𝘂𝗲𝘁𝘁𝗲𝘀 𝘀𝘂𝗿 𝘂𝗻 𝗮𝗻. La production de cette viande représente 1 350 kgs de CO2 et 675 000 l d’eau si l’on inclut l’irrigation des champs de céréales. C’est énorme tout ce CO2 ! Plus que ce que rejette la voiture de mes parents sur un an ! Il y a le CO2 mais n’oublions pas le méthane, l’oxyde nitreux et l’ammoniac!
Bon, et les insectes, ils ne polluent pas eux ? Si bien sûr, mais en général 100 x moins que dans un élevage intensif de viande. Intensif, intensif, mais tout le monde ne fait pas de l’intensif ! Oui, là, il faudrait que je relativise quand même car tous les éleveurs ne font pas de l’élevage intensif. Mon meilleur ami et plein de personnes que je côtoie en Wallonie élèvent leur bétail 🐂 selon un modèle plus artisanal et n’utilisent presque pas d’intrants. Leur impact environnemental est donc moindre que pour un élevage intensif mais cela reste bien plus élevé qu’une ferme à insectes. Mais de toute façon, ce n’est pas vraiment chez eux que les industriels des aliments pour chiens et chats et pour l’aquaculture vont se fournir. Donc, je peux quand même dire que produire l’équivalent d’𝘂𝗻 𝗮𝗻 𝗱𝗲 𝗰𝗿𝗼𝗾𝘂𝗲𝘁𝘁𝗲𝘀 𝗮𝘂𝘅 𝗶𝗻𝘀𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗲́𝗺𝗲𝘁𝘁𝗿𝗮𝗶𝘁 𝟭𝟬𝟬 𝗳𝗼𝗶𝘀 𝗺𝗼𝗶𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗴𝗮𝘇 𝗮̀ 𝗲𝗳𝗳𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝘀𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗾𝘂’𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗱𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗮𝗻𝗻𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗿𝗼𝗾𝘂𝗲𝘁𝘁𝗲𝘀 𝗮̀ 𝗯𝗮𝘀𝗲 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝗮𝗻𝗱𝗲 (𝗯œ𝘂𝗳, 𝗽𝗼𝘂𝗹𝗲𝘁, …).

Les industriels français dans la production de protéines d’insectes

Bon, cela m’étonnerait que je puisse dire tout cela, mais si j’en ai l’occasion, je parlerais bien des entreprises françaises qui se sont lancées dans l’élevage industriel d’insectes. Moi, je fais de l’artisanat mais eux, c’est de l’industrie ! Ils se sont lancés pour répondre aux besoins de l’aquaculture et de la nourriture pour les animaux de compagnie. Je relis les chiffres pour ne pas me planter. La société norvégienne Skretting, le plus grand producteur mondial d’aliments pour le poisson d’élevage, a annoncé en 2019 qu’elle souhaitait se procurer 𝟭𝟬𝟬.𝟬𝟬𝟬 𝘁𝗼𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗳𝗮𝗿𝗶𝗻𝗲 𝗱’𝗶𝗻𝘀𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗮̀ 𝗽𝗮𝗿𝘁𝗶𝗿 𝗱𝗲 𝗹’𝗮𝗻𝗻𝗲́𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗰𝗵𝗮𝗶𝗻𝗲. 100.000 tonnes ? Ce sont des montagnes de protéines. Moi, je ne produis que quelques kgs par an, je me demande comment ils vont faire !

Tout ça pour nourrir les poissons 🐟 que nous mangeons ? C’est quand même mieux que de les nourrir avec des poissons que l’on va chercher de plus en plus profondément dans les océans. 𝗔𝗵 𝗯𝗼𝗻, 𝗼𝗻 𝗻𝗼𝘂𝗿𝗿𝗶𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗼𝗶𝘀𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗱’𝗲́𝗹𝗲𝘃𝗮𝗴𝗲 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗼𝗶𝘀𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝘃𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝗼𝗰𝗲́𝗮𝗻𝘀 ? Bein oui, c’est pas une invention, c’est d’ailleurs un des arguments environnementaux qu’a avancé l’Union Européenne en 2017 lorsqu’elle a autorisé de nourrir les poissons avec des insectes.

Alors, c’est qui ces usines françaises 🏭 ? Ynsect investit cette année 100 millions d’euros dans une 𝘂𝘀𝗶𝗻𝗲 𝗮𝘂𝘁𝗼𝗺𝗮𝘁𝗶𝘀𝗲́𝗲 𝗱𝗲 𝟯𝟱 𝗺𝗲̀𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗵𝗮𝘂𝘁, 𝗾𝘂𝗶 𝗲𝗺𝗽𝗹𝗼𝗶𝗲𝗿𝗮 𝟴𝟬 𝗲𝗺𝗽𝗹𝗼𝘆𝗲́𝘀 𝗲𝘁 𝗽𝗿𝗼𝗱𝘂𝗶𝗿𝗮 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝟮𝟬.𝟬𝟬𝟬 𝗲𝘁 𝟮𝟱.𝟬𝟬𝟬 𝘁𝗼𝗻𝗻𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗳𝗮𝗿𝗶𝗻𝗲 𝗱’𝗶𝗻𝘀𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗽𝗮𝗿 𝗮𝗻. InnovaFeed va produire plus de 7.000 tonnes en 2020 et 15.000 tonnes en 2021. Elles préparent toutes les deux la construction d’autres sites en Europe, aux Etats-Unis et en Asie du Sud-Est. Il y a aussi Agronutris, Nextalim, … Tous ces géants se préparent à la décision annoncée pour 2020 de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) qui pourrait autoriser les insectes dans l’alimentation des porcs et des volailles. Si cela se fait, je n’ose imaginer les montagnes ⛰ et les montagnes de protéines d’insectes dont on aura besoin.

Les insectes et l’environnement

Bon, après tous ces chiffres, il faudrait que je reparle un peu de l’intérêt écologique ☘ de l’élevage d’insectes. En effet, 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗼𝗱𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱’𝗶𝗻𝘀𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗮 𝘂𝗻 𝗶𝗺𝗽𝗮𝗰𝘁 𝘁𝗿𝗲̀𝘀 𝗳𝗮𝗶𝗯𝗹𝗲 𝘀𝘂𝗿 𝗹’𝗲𝗻𝘃𝗶𝗿𝗼𝗻𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗮𝗿 𝗿𝗮𝗽𝗽𝗼𝗿𝘁 𝗮𝘂𝘅 𝗮𝘂𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗼𝘁𝗲́𝗶𝗻𝗲𝘀 𝗱’𝗼𝗿𝗶𝗴𝗶𝗻𝗲 𝗮𝗻𝗶𝗺𝗮𝗹𝗲. Cela s’explique entre autres par l’efficacité de conversion de l’aliment en protéine. Holà, cela devient trop compliqué ! Bon, pour faire court, 10 kg de céréales que l’on donne à une vache va produire seulement 1,3 kg de viande bovine contre 8 kgs de viande d’insecte. Cela s’explique entre autres par le fait qu’une vache est un animal a sang chaud et qu’elle a donc besoin de nourriture pour réchauffer son corps (comme nous d’ailleurs). Pour la même quantité de nourriture, vous aurez donc plus de protéines d’insectes … et moins de gaspillage donc 😃.

𝗢𝗻 𝗱𝗶𝘁 𝗮𝘂𝘀𝘀𝗶 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗶𝗻𝘀𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀, 𝗰’𝗲𝘀𝘁 𝘇𝗲́𝗿𝗼 𝗱𝗲́𝗰𝗵𝗲𝘁. Oui, je sais, c’est à la mode, mais quel rapport avec les insectes? En fait, ils peuvent être nourris avec les coproduits de l’agriculture végétale (betteraves, céréales, fruits, …) 🥔. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on retrouve les usines françaises en zones agricoles. Quand on sait que l’Europe importe la moitié de ses tourteaux de poissons ou de soja dont elle a besoin, produire localement plus de protéines à base d’insectes est intéressant. Et ce n’est pas tout. Chez Ynsect, ils récupèrent l’énergie que la production des scarabées va entraîner afin de la revendre. L’huile d’insectes est également valorisée en remplaçant celle de soja ou de coco. Quant au substrat qui reste après l’élevage, il est utilisé par les agriculteurs voisins pour amender leurs cultures de betteraves et de céréales qui serviront à nourrir les insectes l’année suivante. 𝗟𝗮 𝗯𝗼𝘂𝗰𝗹𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗯𝗼𝘂𝗰𝗹𝗲́𝗲 . Ah oui, quand même ! Zéro déchet et local en plus … 💪

Bon, je pense que si je peux parler de tout cela, ce serait super ! Je suis prêt. On y va. Go ! 😄

𝟮𝟯 𝗷𝗮𝗻𝘃𝗶𝗲𝗿 𝟮𝟬𝟮𝟬

La suite, vous la connaissez si vous avez regardé l’émission. Sinon, vous pouvez voir la rediffusion de la présentation de mon kit d’élevage de ténébrions à la Rtbf sur RTBF Auvio.

J’ai pu entamer certains sujets mais pas vraiment aller en profondeur. Pas grave, ce sera pour une prochaine émission. Par contre, j’ai passé un chouette moment avec les chroniqueurs. J’ai eu aussi la chance de cuisiner 🍲 en direct avec Carlo et de faire rentrer les insectes dans les foyers l’espace d’un instant. Yesssss !😄

Petite présentation

Présentation de mon activité et du kit d’élevage des vers de farine (ténébrions molitor)

Discussion en plateau

Petite interview pour découvrir le kit d’élevage de vers de farine et discussion sur les bienfaits des insectes pour son alimentation et l’environnement.

Moment en cuisine

Carlo et moi, nous nous lançons dans une recette de burgers de légumes aux insectes.

Dégustation

Dégustation du burger d’insectes aux légumes. Benjamin Maréchal en mangera-t-il lui aussi?

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